Warren Levy art - Hans Hartung 1960-1965 : vers une abstraction fulgurante
Entre 1960 et 1965, Hans Hartung traverse une période charnière de sa carrière. Son art évolue rapidement. Cette phase témoigne d’un changement profond dans sa technique, sa palette, son rapport au geste et à la spontanéité. Elle coïncide aussi avec un moment personnel difficile, qui influencera fortement son œuvre.
Une technique en mutation
Hans Hartung, T1965-H29, 1965
Dès 1960, Hartung abandonne peu à peu le pinceau classique. Il commence à utiliser de nouveaux outils : pulvérisateur, brosses métalliques, peignes, ou encore instruments agricoles adaptés (source : Fondation Hartung-Bergman). Ces outils lui permettent de produire des lignes plus brutes, plus rapides, plus énergiques. Le geste devient plus direct, plus libre. Il ne cherche plus à contrôler la forme, mais à traduire une impulsion immédiate.
Cette évolution n’est pas simplement esthétique. Elle marque une volonté de libération. Hartung refuse la précision du dessin. Il préfère le choc du mouvement. L’outil devient une extension du corps, un relais entre son énergie intérieure et la toile.
Une palette plus restreinte
Dans ces années-là, Hartung réduit l’éventail de ses couleurs. Finis les contrastes éclatants de la décennie précédente. Il utilise davantage de noirs, de bleus sombres, d’ocres ou de blancs mats. Cette palette sobre renforce l’intensité du geste. Elle évite toute distraction visuelle. L’artiste se concentre sur l’essentiel : rythme, matière, vibration.
Ce choix chromatique participe d’une volonté d’épure. Il crée une tension visuelle forte. Le regard est attiré par le choc des formes, non par la séduction des couleurs.
L’hospitalisation : une contrainte créative
Hans Hartung, P1960-299, 1960
En 1960, Hartung est hospitalisé pour une opération importante. Il passe plusieurs mois en convalescence. Cet épisode a un impact majeur sur son travail. Affaibli, il doit repenser son rapport au geste. Il travaille avec plus de lenteur, mais aussi avec plus d’intensité.
Selon Pierre Encrevé (Hartung, Centre Pompidou, 1993), cette période de retrait l’amène à simplifier ses compositions. Il privilégie des interventions plus brèves, plus concentrées. Le vide devient un élément actif du tableau. L’économie de moyens renforce la puissance expressive de chaque trace.
Un langage gestuel radical
De 1960 à 1965, Hartung ne cherche plus à représenter quoi que ce soit. Il veut faire advenir une émotion, une tension immédiate. Ses œuvres deviennent des projections de lui-même. Certaines séries, comme les T ou P de 1961, en sont l’exemple parfait (source : Musée d’Art Moderne de Paris, 2009). Le geste y est vif, maîtrisé, fulgurant.
L’artiste ne peint plus avec son intellect, mais avec tout son corps. Cette approche donne naissance à une abstraction d’une rare intensité.
La période 1960-1965 est l’une des plus riches et audacieuses de l’œuvre de Hans Hartung. À travers ses épreuves personnelles et ses innovations techniques, il atteint une forme de peinture pure, tendue, essentielle. Pour les collectionneurs, ces années représentent le cœur vibrant de sa démarche. Elles révèlent un artiste en quête de vérité visuelle, par-delà les formes, les couleurs et le temps.
